Comprendre la bonne gouvernance et ses intérêts

Comprendre la bonne gouvernance et ses intérêts

Article mis à jour en mars 2024

 

1. L'origine de la bonne gouvernance

La bonne gouvernance fait traditionnellement référence à la gestion des affaires nationales par l’Etat. L’idée de départ était de surveiller les dépenses que les élus et les hauts fonctionnaires pouvaient réaliser avec l’argent des contribuables.

Le concept a été théorisée en 2008 selon 12 grands principes définis par le Conseil de l’Europe. Ils couvrent des questions telles que:

  • la participation des citoyens aux décisions,
  • la tenue d’élections conformes au droit,
  • la réactivité face aux attentes des citoyens, l’efficacité et l’efficience,
  • la transparence,
  • le respect des lois et des décisions de justice,
  • le comportement éthique,
  • l’amélioration continue des compétences,
  • l’ouverture aux changements et à l’innovation,
  • le développement durable,
  • la bonne gestion financière,
  • le respect des droits de l’homme et de la diversité culturelle,
  • la responsabilité et l’obligation de rendre des comptes...

Regarder la video du Conseil de l'Europe sur la bonne gouvernance : https://www.youtube.com/watch?v=mgmrc--x3ao

 

2. Pourquoi parle-t-on de bonne gouvernance en entreprise ?

La notion de RSE comprenait traditionnellement 3 piliers : le social, l'environemental et l'économique. Pourtant le terme ESG pour environnement social et gouvernance essaye de prendre du terrain. Ce deuxième terme, issu du monde de la finance est d'accord sur l'importance économique d'une bonne gestion, mais moins sur l'idée de répartition des richesses.  C'est à cause de cette vision politique différente et de l'impulsion des fonds d'investissement dans les reglementations RSE que ce terme a germé dans nos vocabulaires.

Aujourd'hui, le terme de bonne gouvernance a atteint les entreprises privées. D’abord parce que les principes sont vertueux et que l’idée d’entreprises responsables plait (voir notre article sur le marketing et la RSE). Ensuite, parce que les PPP – partenariats public privés - se sont développés. Ce concept permet à l’Etat de faire appel à des entreprises privées pour réaliser des grands projets d’infrastructure. L’Etat passe aussi de nombreuses commandes à des entreprises privées et il faut être sûr que l’argent public soit bien dépensé et serve au maximum l’intérêt commun.  Par extension, l’Etat a aussi des prises de participation dans près d’une centaine d'entreprises (APE). Enfin, l’évolution des mentalités exige progressivement de l’Etat qu’il ne finance pas des entreprises aux méthodes douteuses et opaques.

En plus de l'omniprésence des fonds d'investissement dans nos économies, les intrications entre public et privé sont ténues et la notion de bonne gouvernance a donc petit à petit gagné terrain. Comme nous allons le voir, la bonne gouvernance peut doit avoir des conséquences positives sur notre économie.

 

3. Qu’est-ce que la bonne gouvernance et pourquoi le concept est flou ?

Le principal problème est que chaque pays, région ou entreprise a sa propre interprétation, en fonction de sa culture ou de ses intérêts. Du coup comme tout ce qui est flou : c’est mal ou peu appliqué. Pour faciliter la compréhension, on a résumé l’idée en 4 points

  • La clarté et la transparence des activités de l’entreprise à moyen et long terme
  • Multiplier les organes de décision et de contrôle et varier les profils
  • La compétence des salariés et leur capacité à effectuer la mission dont ils ont la charge
  • L’honnêteté et la transparence dans les comptes de l’entreprise
  • L’intégrité des dirigeants et la confiance qu’ils suscitent autour d’eux

 

Etre clair et transparent dans ses activités en particulier à moyen et long terme

En étant salarié ou en ouvrant les journaux, on connaît facilement les ambitions d’une entreprise à court terme. Mais qu’en est-il des ambitions à moyen terme et de la mission à long terme ? Plus la vision et les valeurs sont claires, transparentes et formulées à l’avance, plus les citoyens, les employés et les autres parties prenantes peuvent réagir tôt et de façon adéquate dans un contexte qui change. Une communication claire, en particulier en interne, est indispensable pour que les salariés puissent prendre les décisions en toute connaissance de cause.

Une communication transparente sur les activités aurait sans doute évité à de nombreuses boites de fermer suite à une mauvaise gestion. La mauvaise gestion et le mensonge des décideurs peuvent conduire à la faillite d’une entreprise. Ce fut le cas pour de multiples entreprises comme ENRON (2001), ANDERSEN (2002), WORLDCOM ou PARMALAT (2003), LEHMAN BROTHERS (2008) ou encore l’affaire MADOFF où des clients, employés, actionnaires et fournisseurs ont parfois constaté, impuissants, la fermeture de l’entreprise du jour en lendemain sans avoir de recours. Les mensonges, le manque de transparence et de planification peut aussi conduire à des problèmes de santé publique ou de sécurité dans le cas d’un gouvernement.

 

Multiplier les organes de décision et de contrôle et varier les profils

Les exemples cités ci-dessus reflètent surtout une réalité : seul aux commandes, un dirigeant peut s'entêter dans de mauvais choix et ne plus avoir le temps de communiquer. Pour assurer une gestion saine, il est donc indispensable de multiplier les moyens de contrôle, d'information et de reflexion. La bonne solution pour une entreprise, même PME, peut être de mettre en place un COMEX, Comité Executif ou CODIR, Comité de Direction. Vous trouverez plus d'information sur les rôles de chacun dans cet article.

En plus de servir de garde-fou, cet organe décisionnel va servir à multiplier les regards pour identifier les meilleures opportunités. Selon les cabinets de conseils et notamment une étude de McKinsey, la diversité culturelle, ethnique et genrée permet à une entreprise d'être jusqu'à 36% plus performante grâce à sa capacité à innover et à interpréter la situation différemment. La mixité des directeurs et directrices sera d'autant plus efficace si leurs équipes reflètent également cette richesse.

 

Etre compétent pour le poste qu'on occupe

Dans la notion de bonne gouvernance, il y a aussi l'idée d'engager les bonnes personnes pour les bons postes. Même si un ami ou un membre de sa famille est dans le besoin et vous sera certainement loyal, quelqu’un qui n’est pas compétent ne va pas prendre les meilleures décisions pour l’entreprise. Il risque aussi de ne va pas prendre les risques nécessaires : il faut que la personne puisse opposer son avis en toute connaissance de cause à son supérieur hiérarchique. Pour un patron, embaucher des gens dociles qui n’auront pas la liberté de juger d’une situation par eux-mêmes et de présenter l’éventail complet des options peut lui couter son avantage compétitif.

De la même façon, il faut que l'entreprise justifie qu'elle met en oeuvre tous les moyens pour recruter des personnes qualifiées, au-delà du genre, de l'âge, de l'origine ce qui peut parfois se révéler difficile pour les chargés de recrutements soumis à des biais cognitifs.

 

Devoir rendre compte des dépenses 

Cela veut dire être transparent et cohérent dans ses dépenses et pouvoir justifier des montants. Dans le cadre des commandes publiques, il faut commencer par publier des appels d’offre pour être sûr qu’un maximum d’entreprises puissent proposer leur service et que celle qui réponde le mieux aux attentes et au budget remporte le marché. Cette transparence est censée éviter que les décideurs publics ne signent de gros chèques à leurs copains qui en reverseraient une partie sous le manteau. Cette question des dépenses est en partie l’affaire de Carlos Goshn avec ses contrats à Oman et au Liban. C’est aussi ce qu’on a reproché à l’ANPE lorsque qu’en 2004, l’agence a dépensé 2,4 millions pour son changement d’image.

  • On dit aussi que c’est comme ça que les rondspoints ont fleuri en France : avec des prix impossibles à estimer, les ronds-points en France sont 5 fois plus nombreux qu’en Allemagne ou en Angleterre.

Pour éviter les abus, il faut donc faire contrôler les décisions de l’exécutif par des comités de surveillance et de régulation. Le rôle des observatoires, des ONG, des associations et des médias est aussi fondamental : plus les organes de surveillance sont nombreux et indépendants, plus le risque de corruption est maitrisé. 

Seulement, ce contrôle externe suppose que les informations soient disponibles, compréhensibles, partagées et honnêtes. Et là, certaines entreprises sont passées maitres dans l’art du camouflage des organes de décision et des structures financières

 

L’intégrité du dirigeant et la confiance qu'il suscite

Il faut que les décisions soient prises pour le bien général, et c’est là que le rôle croissant de la RSE prend toute son importance. Un manque de confiance et une mauvaise redistribution des richesses contribue à une économie instable et à des crises sociales et un sentiment d’injustice. Selon l’ONG Transparency International rien ne bouge en matière de corruption depuis plusieurs années. La France progresse à peine à la 21 ème place derrière l'Allemagne, l’Angleterre, l’Allemagne, la Suisse où les pays du Nord.

Avec le développement de la mondialisation et la complexification des mesures fiscales et administratives, le principe de bonne gouvernance s’opacifie. 

Les labels et certifications se multiplient pour essayer d’endiguer le problème et notre label adresse également le sujet de la gouvernance parmi les multiples critères d'évaluation. La meilleure solution pour remédier aux problèmes de bonne gouvernance reste la mutliplication des organes de décisions, la transparence, le partage d’information et l'implication des parties prenantes.

Cet article est aussi disponible en courte vidéo Youtube illustrée; si vous aimez ces sujets et pour rester informé des dernières publications, n’oubliez pas la liker et de suivre notre chaine Youtube !

 

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